Chaque année, en France, ce sont des milliers de cervidés et autres mammifères sauvages qui sont pris en chasse, terrorisés, et poursuivis jusqu’à l’épuisement avant d’être étripés, massacrés, abattus au fusil ou à l’arme blanche pour le plaisir. Selon l’Association française des équipages de vénerie, la chasse connaît en ce début de XXIe siècle une popularité sans précédent et « l’équilibre naturel repose depuis toujours sur de terribles conflits entre les espèces. » Or, depuis peu, la science a prouvé ce que l’on soupçonnait déjà : tuer un animal sauvage à l’aide d’une meute de chiens est cruel et barbare.
La souffrance de l'animal pendant la poursuite et au moment de la mise à mort
Une chasse qui dure une journée, c’est avant tout l’attrait d’une poursuite prolongée. Or, le bon sens nous dit qu’un être sensible poursuivi sur de longues distances doit souffrir, et qu’il doit souffrir davantage encore lorsqu’il est brutalement malmené par une meute de chiens ou lorsqu’un homme s’approche pour le tuer à l’aide d’une dague, d’une lance ou d’un couteau.
Les cerfs et les chevreuils, comme les renards et les sangliers, présentent des comportements complexes, un système surrénal très développé et une remarquable faculté de détecter les prédateurs. Il n’est donc pas surprenant que ce type de chasse ait été condamné par les scientifiques et que la commission d’enquête créée par le gouvernement britannique ait conclu qu’elle «compromet gravement le bien-être » des cervidés, des renards et des sangliers.
Des preuves scientifiques que le cerf souffre
La première évaluation chiffrée de la cruauté de cette chasse est celle présentée dans les études scientifiques publiées en 1997 par Sir Patrick Bateson, professeur de l’université de Cambridge pour le compte du National Trust (la plus importante association britannique pour la conservation du patrimoine).
Bateson a examiné des échantillons de sang et de tissu musculaire provenant de cervidés tués lors de chasses à courre et les a comparés avec des échantillons provenant de cerfs tués au fusil. Chez les cerfs chassés à courre, même sur des distances relativement courtes, il observe des concentrations élevées de cortisol et des dégâts au niveau des globules rouges, un épuisement des ressources énergétiques des muscles (sucres) et des désordres au niveau du tissu musculaire. Il conclut à des preuves évidentes de stress physiologique et psychologique et à une souffrance aggravée de l’animal au cours de la poursuite. Ce ne sont pas seulement les chiens qui peuvent avoir un effet négatif considérable sur le bien-être de l’animal mais aussi la proximité des humains. Sur la base de cette étude, le National Trust a interdit la chasse à courre des cervidés dans sa juridiction.
Selon la commission d’enquête britannique, « la plupart des scientifiques conviennent que les cervidés doivent souffrir lors des dernières étapes de la chasse ».


La souffrance des autres animaux chassés
Une fois cernés, le chevreuil, le renard, le sanglier ou le lièvre sont attaqués par les chiens. Au Royaume-Uni, depuis des années, les chasseurs affirment que le chef de meute tue rapidement le renard d’une morsure au cou. Or, des examens post mortem ont montré que les renards étaient parfois littéralement dépecés et souffraient de blessures multiples avant d’être tués.
Après avoir examiné la carcasse d’un renard tué par des chiens, un vétérinaire a déclaré : « Je n’ai trouvé aucune lésion dans la région du cou et de la gorge, mais des blessures étendues à l’abdomen et au thorax. L’abdomen a même été déchiré à tel point que les intestins sortaient. »
Pour Donald Broom, spécialiste du bien-être animal à l’université de Cambridge, les renards, les fouines et les lièvres souffrent globalement moins lorsqu’ils sont tirés au fusil ou piégés « comme il faut » que lorsqu’ils sont chassés avec des chiens.
La chasse à courre est cruelle par nature et immorale
La chasse à courre provoque systématiquement des souffrances. Elle est cruelle par nature. La reconnaissance de ce fait a abouti à l’interdiction de cette pratique en Angleterre, au pays de Galles, en Écosse, en Allemagne, au Danemark, en Norvège, en Finlande et en Belgique.
Selon Andrew Linzey, fondateur de l’Oxford Centre for Animal Ethics, « faire souffrir pour le plaisir est immoral par nature. […] En matière de protection animale et de morale, faire de la souffrance des animaux une distraction est ce qui est le plus condamnable. Pour ceux qui se soucient des animaux, ce point est devenu emblématique, à juste titre : en effet, comment pouvons-nous, en toute logique, progresser dans la reconnaissance du bien-être animal, pour ne pas parler de la promotion d’un traitement éthique des animaux là où de véritables intérêts sont en jeu, alors même que d’autres peuvent encore infliger à des créatures une mort cruelle de façon gratuite et en toute impunité ?»

« […] les animaux chassés […] souffrent de frayeur, surtout lorsqu’ils sont dans l’impossibilité d’échapper à la menace, comme c’est le cas du cerf aux abois ou du renard piégé dans un terrier. Vers la fin de la partie de chasse, lorsque le cerf, le renard ou le lièvre se rend compte que la meute se rapproche et qu’il ne pourra pas lui échapper, puis lorsque le cerf est cerné et attaqué par les chiens, il est on ne peut plus vraisemblable que la douleur se mêle à la terreur. »
David Morton, directeur du département des sciences biomédicales à l’université de Birmingham
La chasse à courre en France
Outre la chasse au fusil, le déterrage, aussi appelé « vénerie sous terre » consistant à déterrer les animaux qui vivent dans des terriers, la chasse à courre est « la plus spectaculaire». Également dénommée vénerie, elle est pratiquée par des chasseurs à cheval ou à pied qui poursuivent l’animal avec une meute de chiens mais ne se servent pas d’armes à feu. Cette chasse se pratique dans 69 départements. Environ 3 800 animaux sont tués chaque année par près de 400 équipages de chasse à courre (dont 37 chassent le cerf, 93 le chevreuil, 130 le lièvre). La chasse à courre concerne en France 17 000 chiens et 7 000 chevaux. Les animaux poursuivis sont le cerf, le chevreuil, le renard, le sanglier, le lièvre et le lapin. La grande vénerie est la chasse à cheval du cerf, du chevreuil et du sanglier, tandis que la petite vénerie consiste à chasser le lièvre ou le lapin à pied avec une meute de 20 à 80 chiens. Dans la grande vénerie, l’animal est poursuivi jusqu’à ce qu’il soit épuisé et qu’il se laisse prendre. Il est ensuite tué par le veneur. Dans la petite vénerie, ce sont les chiens qui tuent l’animal, une fois qu’ils l’ont rattrapé.
Les participants paient un abonnement annuel compris entre 1 300 et 2 600 euros. La vénerie attire aussi quelque 130 000 supporters qui suivent en voiture, à vélo ou à pied.

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Chasse à courre : la vérité
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