Des ours danseurs aux ours à bile, histoire d’une agonie

Les ours danseurs ne dansent pas. Ils exécutent un numéro par peur du bâton et sous la douleur vive d’une corde passée dans leur museau. Gagne pain d’une tribu de gitans montreurs d’ours depuis des siècles, les ours enrichissent désormais, au prix de leur vie et de la disparition de l’espèce, des braconniers et des trafiquants qui monnayent à bon prix leur bile et leur viande sur les marchés chinois et dans le reste du Sud-Est asiatique.

Depuis toujours -XIIIe siècle pour certains, XVIe pour d’autres- la tribu musulmane des Kalandars a pour tradition d’être montreur d’ours. Il fut un temps où l’on disait que les Kalandars possédaient plus d’ours qu’il n’y en avait dans la nature !

Après avoir diverti les cours des rois et des Maharadjahs, c’est dans la rue qu’ils opèrent désormais recherchant les lieux les plus touristiques. On les rencontre plus particulièrement le long des routes qui relient Delhi à Jaipur et à Agra. La tradition veut qu’ils aillent de ville en ville pour montrer leurs animaux en échange de quelques pièces de monnaie. En réalité les ours ne dansent pas : on leur apprend à se tenir debout sur leurs pattes arrière et à balancer la tête d’un côté à l’autre. Parfois, deux ours se touchent les pattes avant et tournent en rond dans une imitation de danse en couple. Les ours sont aussi dressés à se coucher sur le dos, à s’asseoir, à dire bonjour avec la patte. Certains montreurs d’ours font mine de « lutter » avec leur ours. En fait l’ours est dressé à étreindre doucement son adversaire.

Pour distraire les touristes, combien de souffrance, de mutilations, de brutalité, de privations ? Ce n’est qu’à ce prix, si l’ours y survit, que le gitan Kalandar s’érige en maître, et ce dès la capture de l’ourson dans son milieu naturel.

De la capture au dressage : histoire d’une agonie
Il est le plus souvent capturé par des tribus vivant dans la forêt, connaissant parfaitement sa faune et sa flore. Ils repèrent l’ourse en chaleur et la piste jusqu’à sa tanière où ils vont assurer, à bonne distance, une surveillance constante. 6 à 7 braconniers se relaient en prenant soin de ne pas se faire repérer. Quand l’ourson a atteint l’âge de 3 à 5 semaines, les braconniers attendent que l’ourse sorte de sa tanière, pour aller chercher de la nourriture, et capturent le petit. Si par malheur l’ourse les dérange durant leur méfait, elle est le plus souvent abattue. L’ourson est ensuite emmené dans un sac en toile de jute, parfois après avoir été drogué à l’opium pour que ses cris n’alertent pas les autorités, et remis à un Kalandar contre 600 roupies. En toute illégalité, celui-ci va dresser l’animal par la douleur et la terreur.

Au gré de son évolution, l’ourson va en effet subir mutilations et privations diverses jusqu’à ce qu’il effectue une parodie de danse. Ses dents sont cassées et ses incisives arrachées. Ces dernières servant de talisman sont monnayées un bon prix. Les griffes sont coupées et pour apprendre à l’ours à se tenir debout ses pattes peuvent être brûlées. Dès l’âge de six mois, le nez de l’ours est percé avec une aiguille chauffée à blanc pour pouvoir passer la corde ou l’anneau de dressage. Cette opération est souvent suivie d’infections et est renouvelée autant de fois que nécessaire.

Partie ultra-sensible, le passage de la corde maintenant à vif  la plaie, c’est la clé du dressage de l’ours avec le maniement du bâton. Toujours attaché très court, ce qui contribue à aiguiser la douleur dans la cavité nasale, l’ours peut rarement se retourner ou, par exemple, s’étendre de tout son long. Son alimentation carencée entraîne souvent la cécité. Lorsqu’il a atteint le degré de docilité et d’obéissance nécessaire, il doit parcourir de très nombreux kilomètres par jour pour les représentations. À ce régime, l’ours danseur a une espérance de vie de 8 ans au lieu des 25-30 années de ses congénères sauvages. Mais beaucoup ne supportent pas cette vie d’agonie : on estime à 50 % le nombre d’oursons qui meurent après leur capture.

D’ours danseur à ours à bile
Menacé de disparition, l’ours à miel est aujourd’hui l’un des plus protégés. En Inde, l’activité des gitans Kalandars est proscrite depuis 1972. Pour arrêter l’exploitation des ours danseurs, un programme de reconversion professionnelle des Kalandars a été mis en place. Ils y accèdent en échange de la remise de leur ours et ne font l’objet d’aucune poursuite pénale. Nombre de Kalandars ont saisi ce fragile espoir de sortir de leur pauvreté chronique. Toutefois, ils restent encore près de 700 ours danseurs (ils étaient environ 1 200 en 1996) et, fait nouveau, plutôt que de remettre l’ours aux autorités ou au sanctuaire qui a été créé pour les accueillir, certains vendent leur ours à des trafiquants de bile, de viande ou d’autres organes très prisés sur les marchés du Sud-Est asiatique. Une pratique à laquelle s’adonnent aussi les braconniers qui trouvent là une nouvelle filière pour financer leur braconnage.

La cellule anti-braconnage Forestwatch, mise en place par One Voice en association avec Wildlife SOS, doit désormais lutter sur les deux fronts pour donner une chance aux ours à miel de survivre en Inde.

On estime le déclin constant de cette famille d’ours à plus de 10 % dans les prochaines années.

Portrait d’un ursidé gourmand

L’ours lippu (Melursus ursinus), appelé aussi ours à miel ou encore ours paresseux, est un ours plutôt de petite taille, entre 140 et 190 cm, au pelage noir épais et en désordre avec une tache blanche, en forme de Y ou de U, sur la poitrine. Il se caractérise par un museau allongé à la lèvre inférieure épaisse, longue et mobile qui lui permet d’attraper notamment termites et larves dont il se nourrit. Son alimentation est également composée de baies, d’œufs, de fruits… et de miel dont il se régale dans les arbres.

Aujourd’hui, la famille des Melursus ursinus est composée de moins de 10 000 individus. Wildlife SOS estime à un peu moins de 4 000 ceux vivant sur le territoire indien, les autres se répartissant entre le Bengladesh, le Bhoutan et le Népal. Classé sur la liste rouge des animaux menacés, dans la catégorie « Vulnérable », c’est-à-dire face à un risque majeur d’extinction, l’ours lippu est protégé sur le plan international comme national. Sa capture, son dressage ou son exhibition sont strictement interdits et sévèrement punis notamment en Inde. Toutefois, on estime le déclin constant de cette famille à plus de 10 % dans les dix prochaines années. Un déclin dû essentiellement à la capture d’oursons dans leur milieu naturel pour être vendus aux Kalandars. Ils sont aussi tués pour leur bile et leur viande, notamment les pattes, utilisées respectivement dans la médecine et la cuisine chinoises. La déforestation, la destruction de leur habitat contribuent également à menacer de disparition cet ours gourmand.

 

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1. Des ours danseurs aux ours à bile, histoire d’une agonie

2. Programme de réinsertion et cellule anti-braconnage, clés de la survie des ours en Inde

 

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Commentaires
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    Pinel

    le 31 janvier 2012 à 00h09

    Respectons les ours.

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    JACQUES Carmen

    le 18 novembre 2011 à 21h43

    Arrêtons ces pratiques barbares