Pour la fin de toutes les violences

One Voice prend position contre les châtiments corporels dont sont victimes les enfants. La banalisation de la violence place enfants et animaux en première ligne… et ce sont des victimes que naîtront les futurs bourreaux.

Une campagne européenne
Le 27 avril dernier à Strasbourg, à l’occasion du trentième anniversaire de l’interdiction de la fessée par la Suède, le Conseil de l’Europe a rappelé aux 47 états qui ont signé la Convention relative aux droits de l’enfant, son article 19 qui leur fait obligation « de protéger les enfants contre toute forme de violence, y compris la violence éducative, si faible soit elle. » À travers sa campagne intitulée « Levez la main contre la fessée », le Conseil de l’Europe appelle les 27 pays qui manquent encore à leur engagement, dont la France et la Grande-Bretagne, à prendre les mesures nécessaires pour faire interdire les châtiments corporels. En France, la député et pédiatre Edwige Antier a déposé une proposition de loi en ce sens, résumée à un article unique : « L’enfant a droit à une éducation non violente. Aucun enfant ne peut être soumis à des châtiments corporels ou à toute forme de violence physique. »

La violence banalisée ?
En France, aujourd’hui, les châtiments corporels à l’égard des adultes sont considérés comme des agressions illégales tandis qu’ils restent autorisés sur les enfants ! One Voice, à la suite de nombreux pédiatres et psychologues, considère que cette banalisation de la violence infligée aux enfants est à l’origine de nombreux troubles dans notre société actuelle. En particulier, les enfants ayant subi une éducation violente deviendront des adultes qui développeront des comportements  violents, de manière banale, au sein de leur famille et envers les animaux, mais aussi socialement, économiquement, politiquement, etc. En outre, d’une manière générale, l’enfant frappé vit dans un contexte où les animaux le sont aussi : la violence dite « éducative » s’exerce sur tous ceux qu’il faut « discipliner ». Or pour reprendre les propos d’Edwige Antier : « c’est la violence faite à l’enfant qui les rend violents à leur tour ! »


L’autorité ne vient pas avec la fessée

D’après les statistiques (Olivier Maurel, La Fessée, Éditions La Plage – 2001), plus de 90 % de la population mondiale pensent qu’il faut battre les enfants pour leur bien. Les Français sont même 95 % à estimer que cela fait partie de leurs traditions. Si la gifle tend à disparaître, la fessée connaît un retour en force avec 87 % des parents qui avouent y avoir recours selon une étude récente menée par l’Union des familles en Europe. Le psychothérapeute Didier Pleux rapporte d’ailleurs que « les parents sont de plus en plus nombreux à (me) dire que c’est le seul moyen qu’ils trouvent pour exercer leur autorité ». Pourtant, pour ce spécialiste comme tant d’autres, la fessée « est inefficace en matière d’autorité et très humiliante pour l’enfant qui la subit. » Elle a des conséquences dramatiques sur le développement du futur adulte comme l’a démontré, dans ses recherches qui font aujourd’hui référence, la psychothérapeute et chercheur sur l’enfance, Alice Miller.


Dégâts physiques et psychologiques

« Un enfant qui reçoit des coups vit dans la peur, il grandit dans la peur permanente des coups à venir. Cela altère beaucoup de ses fonctions normales… L’enfant perd confiance en des parents qui devraient, comme c’est le cas chez tous les mammifères le protéger des agressions extérieures et en aucun cas l’agresser. Privé de la confiance de ses parents, l’enfant se sent très insécurisé et isolé. » Obligé de réprimer ses émotions pour maintenir l’amour de ses parents sans lesquels il ne pourrait survivre, l’enfant enregistre inconsciemment dans son corps la peur et la rage qui induiront à l’âge adulte des troubles plus ou moins graves : dépression, crise de panique, réactions violentes envers ses propres enfants ou les autres, hypertension, ulcères, insomnies, etc. Pire « si l’enfant doit apprendre à supprimer ses émotions, il n’a plus de compassion pour lui-même et par conséquent pas de compassion pour les autres. Ce qui favorise les comportements criminels », comme l’a démontré Alice Miller dans ses recherches sur des grands tortionnaires, tels que Hitler ou Staline.


La violence engendre violence et autodestruction

Une étude américaine publiée récemment dans la revue Pediatrics confirme d’ailleurs que les enfants recevant régulièrement des punitions corporelles à l’âge de trois ans sont plus agressifs à l’âge de cinq ans. Dans une de ses publications, Olivier Maurel souligne que les châtiments corporels « perturbent aussi le sens moral en faisant confondre le bien et le mal (‘je te fais mal pour ton bien’) et enferment l’intelligence dans des limites qui empêchent de sortir de la culture de la violence. » Les expériences de Henri Laborit, mises en scène dans le film d’Alain Resnais Mon oncle d’Amérique, ont montré les dégâts sur le cerveau d’un animal pris en étau, ne pouvant ni fuir une situation de souffrance, ni la combattre. Dans une telle situation, les hormones destinées à réparer l’organisme deviennent autodestructrices et attaquent notamment les neurones. C’est aussi le cas chez l’enfant violenté par ses parents…


Apprendre la parentalité positive

La violence éducative est donc destructrice. L’enfant battu par ses parents apprend d’eux à réagir par la violence, à taper sur les plus faibles. Car « l’enfant apprend de l’attitude de ses parents et non de ses paroles ». Il se forme par l’imitation. Plutôt que de lever la main, les parents pourraient réapprendre l’autorité par une attitude « positive ». En Suède, parallèlement à l’interdiction de la fessée, des programmes d’accompagnement des parents ont été mis en œuvre. Au Royaume-Uni, le programme des 3 P (Positive Parenting Program) permet aux adultes dépassés par leur progéniture d’avoir affaire à de vrais spécialistes et scientifiques de l’éducation. Pour Alice Miller « il va de soi que tout enfant a besoin (…) d’une autorité pour trouver son chemin dans le monde. » Mais « un enfant à qui l’on dit la vérité, qui n’est pas éduqué à s’accommoder des mensonges et des atrocités peut développer toutes ses potentialités, comme une plante dans de la bonne terre dont les racines ne sont pas la proie de bêtes nuisibles… »


Une loi pour l’avenir de tous

Donner à voir un comportement respectueux des autres, une attitude emprunte d’empathie et d’amour, où la recherche du compromis se fait par le dialogue, permettra à l’enfant d’apprendre à communiquer de façon pacifique. Pour One Voice, il est temps de mettre un terme à cette forme de violence, inédite parmi les grands singes : chez aucune espèce de primate proche de l’homme on n’a encore vu une mère frapper son petit ! La violence n’apprend rien d’autre que la violence. Pour One Voice, c’est une cause unitaire : supprimer les châtiments corporels de l’éducation des enfants, c’est bannir une forme de communication et d’asservissement des plus faibles qui jusqu’ici n’a prouvé que son inefficacité et son danger. Dans notre lutte pour bannir toute forme de violence à l’égard des êtres vivants, protéger les enfants c’est aussi participer à la naissance d’une nouvelle génération d’adultes, enfin capables de compassion…

  • Facebook
  • Twitter
  • del.icio.us
  • Netvibes
  • YouTube
  • RSS
  • email
Commentaires
(obligatoire)
(obligatoire)

Cliquez ici pour lire le règlement