En dépit d’une loi répressive votée en 1972, il aura fallu attendre 2002 et la conjugaison de nombreuses actions pour que la disparition de la tradition des ours danseurs deviennent une réalité en Inde. Parallèlement à un programme de reconversion professionnelle des montreurs d’ours, la création d’une cellule anti-braconnage, disposant de moyens techniques perfectionnés et d’un personnel formé, permet notamment de lutter efficacement contre les trafics d’oursons, qu’ils soient destinés à devenir danseurs ou à alimenter le marché de la bile d’ours. En dix ans, le nombre d’oursons capturés est tombé de 100 à moins de 35.
Dès 1972, l’Inde s’est dotée de moyens légaux pour assurer la protection des ours vivant sur son territoire. Pourtant la population ursidée n’a cessé de décliner, décimée par une tradition ancestrale qui paraissait immuable, celle des ours danseurs.
Lutter contre le braconnage et le commerce illégal
La volonté affichée des autorités indiennes « d’éradiquer tout crime contre la faune et la flore sauvage» a encouragé et facilité la mise en place de mesures renforçant la loi et visant à mettre un terme, d’une part, à la tradition des ours danseurs et, d’autre part, à la capture des ours dans leur milieu naturel. La création, en 2002, de la cellule anti-braconnage « Forestwatch » par Wildlife SOS et One Voice en est un exemple. Cette cellule, qui travaille en étroite collaboration avec les agences gouvernementales et les communautés locales, permet de lutter contre le braconnage et le commerce illégal des oursons, ainsi que celui d’autres espèces sauvages qu’ils mettent souvent au jour lors de leurs enquêtes.
Des moyens et des hommes formés
Les informateurs sont choisis, sélectionnés et formés de manière stricte. Il s’agit en général d’anciens braconniers ou trafiquants repentis qui connaissent donc bien le sujet. Grâce à One Voice, ils disposent des technologies récentes, telles que téléphones portables, ordinateurs, pda ou caméras. Les données sur le braconnage et le commerce sont recueillies grâce à des informateurs locaux et en visitant les marchés. Quand un marchand, ou un braconnier, est repéré, le siège à Delhi est averti et envoie sur place un enquêteur. Il faut parfois plusieurs mois pour mener à bien l’enquête et démanteler le réseau. Très souvent, les équipes doivent se faire passer pour des trafiquants ou des acheteurs pour infiltrer celui-ci. Quand les preuves sont suffisantes, le relais est passé aux autorités locales et les arrestations ont lieu.
Les efforts en matière de coordination et de partage de l’information ainsi qu’un réel engagement contre le braconnage sont sans nul doute à l’origine du succès. Entre 2004 et 2006, un travail très étroit avec les services forestiers a permis la saisie de plus de 30 oursons et le démantèlement d’un réseau vieux de 40 ans. Alors qu’on estimait à 100-150 le nombre d’oursons arrachés à leur mère annuellement, il serait moins de 35 aujourd’hui.
Prendre en compte les enjeux économiques et les hommes
En plus de sa présence sur le terrain et de son travail de répression, la cellule organise des ateliers pour partager son expérience avec des policiers, des gardes forestiers, etc. Les membres de Forestwatch, biologistes, enquêteurs, informateurs entre autres, travaillent également ensemble pour collecter et analyser les données du trafic afin d’anticiper les tendances du marché et la logique économique du trafic d’animaux sauvages. La prise en compte de la situation de grande pauvreté des gitans Kalandars et la mise en place d’un programme de reconversion professionnelle participent également au succès de la mission que s’est donnée la cellule anti-braconnage : éradiquer tout trafic et préserver les animaux.
Alors qu’on estimait à 100-150/an le nombre d’oursons arrachés à leur mère, il serait moins de 35 aujourd’hui.
Sanctuaire d’Agra : une deuxième chance de vie
Les ours et oursons sauvés des mains des trafiquants, ou rendus par les Kalandars, sont transférés dans le sanctuaire d’Agra, situé dans l’état de l’Uttar Pradesh. Ils sont mis en quarantaine pendant 90 jours au cours desquels leurs affections et leurs plaies sont soignées. La première des choses étant d’ôter la corde ou l’anneau qui les meurtrissait. Ils sont nourris avec un à base d’un régime alimentaire adapté et sont vaccinés. Après cette période, vient le temps de la semi-liberté et de la « socialisation ». Pendant cette période, ils sont suivis de près par les équipes vétérinaires et le personnel du sanctuaire qui s’assurent de l’adaptation de l’ours à la vie du groupe. Les oursons bénéficient, quant à eux, d’un traitement particulier que finance One Voice. Ils ont en effet besoin de soins, d’attention et d’une nourriture adaptée. Normalement, un ourson ne quitte sa mère que vers l’âge de 2-3 ans.
Trois vétérinaires à plein temps ainsi qu’une équipe dédiée prennent soin des ours et oursons. Le sanctuaire dispose d’un hôpital équipé d’un laboratoire et du matériel nécessaire.

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1. Des ours danseurs aux ours à bile, histoire d’une agonie
2. Programme de réinsertion et cellule anti-braconnage, clés de la survie des ours en Inde



















Pinel
le 31 janvier 2012 à 00h10Nous devons respecter les animaux.