Réintroduction d’animaux : laissez les ours vivre en paix

Avec la disparition de l’ourse Cannelle, l’espèce des ours des Pyrénées s’est éteinte. Pour One Voice, l’introduction d’ours slovènes dans les Pyrénées françaises n’est pas une solution adaptée. En plus des traumatismes indéniables que les ours déplacés ont à subir, les animaux ont peu de chances de survivre : les conditions ne sont pas réunies pour que les ours s’installent durablement dans le massif pyrénéen.

La France est au 4e rang mondial des pays où les espèces animales sont menacées (source IUCN). Pour y pallier, les gouvernements se sont lancés dans des programmes d’introduction. C’est le cas avec les ours slovènes, destinés à empêcher l’extinction des ours bruns dans les Pyrénées. Mal préparées et non accompagnées des mesures adéquates, ces introductions sont vouées, selon nous, à l’échec, les animaux finissant le plus souvent sous les balles de chasseurs ou autres braconniers. Si la réintroduction peut apporter une réponse à la disparition d’espèce, notamment quand celle-ci est réintroduite dans son milieu naturel d’origine et qu’elle est accompagnée des précautions et de la préparation qui s’imposent, celle-ci n’est pas la solution pour les ours des Pyrénées. C’est pourquoi One Voice s’oppose à la translocation d’ours slovènes, et ce pour plusieurs raisons.

L’ours des Pyrénées a définitivement disparu
Si les ours slovènes ressemblent physiquement aux ours des Pyrénées, ils détiennent toutefois un patrimoine génétique différent. Lors de la mort de l’ourse Cannelle, dernière ourse de souche originelle de la sous-espèce des ours pyrénéens, c’est tout un patrimoine génétique et écologique qui a définitivement disparu. Les ours importés de Slovénie, ou de Croatie, même s’ils sont de la même famille, constituent donc une introduction de nouvelle espèce d’ours dans le massif pyrénéen français.

Un traumatisme pour l’animal déplacé
Il est indéniable que l’ours déplacé subi de nombreux traumatismes. Tout d’abord, ceux de la capture et du transport, mais aussi de la séparation brutale avec son territoire et ses congénères. Ensuite, sa translocation dans un milieu qui n’est pas celui d’origine et qui va demander à l’animal de s’adapter à ce nouvel environnement.

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Des difficultés d’adaptation
La translocation d’ours slovènes, par exemple, s’est révélée plus problématique que prévue : les animaux peu habitués au relief pyrénéen se sont établis sur des hauteurs proches des habitations provoquant un climat de stress et de peur parmi les populations locales. La présence inhabituelle de l’animal à cette altitude peut aussi s’avérer dangereuse pour l’écosystème.
Relâcher des animaux dans un milieu très différent du leur – ici, à forte population humaine et hostile – sans période d’adaptation, comme ce fut le cas lors des introductions dans les Pyrénées, est un non sens.

Absence de consensus
Pour qu’une introduction d’animaux réussisse, un consensus est nécessaire au sein de la population humaine de la région, ce qui n’est pas le cas. Les exactions sont de plus en plus violentes de la part des opposants à l’ours : perturbation du lâcher de l’ourse Paloma, pots de miel piégés, intimidation des maires des communes concernées, menaces de mort contre les personnes et les ours, saccage des locaux de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), vol du collier émetteur de l’ours Balou…

Un plan de réintroduction peu sérieux
Par ailleurs, un certain nombre de règles n’ont pas été respectées. Ne pas interdire la présence humaine dans les zones de lâchers d’ours et ne pas s’assurer qu’ils y trouveront de quoi se nourrir en quantité suffisante et sans danger, montre le manque de sérieux du plan d’introduction. L’ours pyrénéen est un omnivore opportuniste. Son alimentation d’origine animale représente 20 % de son régime total, dont 8 % de ruminants domestiques (le régime de l’ours slovène est différent). Il mange parfois des moutons laissés sans surveillance par les éleveurs. Les mortalités qu’il occasionne sont toutefois bien moins nombreuses que celles dues à l’attaque de chiens errants, à la panique due à la foudre, au manque de surveillance des troupeaux et à la consommation humaine…

Privilégier la protection en milieu naturel
Pour One Voice, les animaux doivent être respectés en tant qu’individus. Protéger les animaux sauvages dans leur milieu naturel est le meilleur gage pour la pérennité de l’espèce et de la biodiversité. Préserver les espaces naturels, développer les réserves ou les parcs, créer des sanctuaires, réglementer les pratiques, légiférer pour le droit au respect de ces êtres sensibles, communiquer, informer… sont quelques uns des moyens à même d’assurer une vie libre et en paix à la faune sauvage tout en maintenant la biodiversité. Ce sont ceux que défend One Voice. En France, l’association milite pour la création d’un sanctuaire, comme c’est déjà le cas en Inde, qui pourrait accueillir tous les ours détenus par les montreurs d’ours et les cirques, et dans les fosses des zoos, dans des conditions déplorables. Elle s’est portée partie civile dans le procès du tueur présumé de Cannelle et n’hésitera pas porter plainte devant les tribunaux à chaque fois qu’il y aura « destruction d’espèce protégée ». One Voice appelle aussi à la mise en place de mesures de protection en Slovénie, en vertu des accords internationaux.

« Une réintroduction est une tentative de réimplanter une espèce dans une zone qu’elle occupait autrefois mais d’où elle a disparu. » (IUCN 1998)

ESPÈCES EN VOIE DE RÉINTRODUCTION EN FRANCE
La faune réintroduite s’élèverait à 157 espèces, dont 54 espèces de vertébrés (dont la moitié de poissons). Parmi les mammifères, les ours brun, le bison d’Europe, le castor européen, le bouquetin des alpes, le lynx d’Eurasie… font l’objet de programmes de réintroduction, tout comme, parmi les oiseaux, le gypaète barbu, le vautour fauve, le vautour moine, etc.
En France, sur les 950 espèces de vertébrés qu’elle abrite (dont 112 espèces de mammifères, 365 d’oiseaux, 37 de reptiles, 35 d’amphibiens, 390 de poissons et 4 de cyclostomes), 199 espèces sont menacées d’extinctions (dont 109 espèces d’oiseaux et 35 de mammifères) et 231 espèces sont à surveiller ou voient leurs effectifs décroitre.
(source IUCN)

RÉINTRODUCTION : LES QUATRE RÈGLES DE LA RÉUSSITE
La réussite d’une réintroduction varie d’une espèce à l’autre, d’une région à l’autre. 10 % seulement des 150 réintroductions récentes se sont soldées par un franc succès. À la base de cette réussite, le respect des règles établies par un certain nombre de spécialistes :
- des populations locales prêtes et préparer à vivre avec cette espèce avec laquelle elles ont perdu l’habitude de vivre ;
- des bonnes conditions de vie et d’habitat restaurées pour l’espèce ;
- des « sources » d’individus ou de propagules à la diversité génétique suffisante disponibles ;
- des dérangements – bruits, pollution, odeurs… – limités.

 

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1. Animaux sauvages et captivité

2. Fonds d’actions solidaires : l’action d’urgence

3. Pour une loi donnant des droits aux animaux en Chine

4. Protéger et préserver dans les sanctuaires

5. Réintroduction d’animaux : laisser les ours vivre en paix

6. Les animaux sauvages ne sont pas des animaux de compagnie

7. Sauvegarder les animaux sauvages dans leur milieu naturel

8. Aucun animal n’est nuisible…

 

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